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Le Kosovo proclame son indépendance, Belgrade proteste

Par Douglas Hamilton Reuters - Lundi 18 février, 07h49

PRISTINA, Kosovo (Reuters) - Au prix d'une guerre, au terme d'une longue attente et avec le soutien des puissances occidentales, le Kosovo a proclamé son indépendance près de neuf ans après le début des bombardements de l'Otan contre la Serbie.

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L'avènement du Kosovo indépendant referme un long chapitre du démantèlement de l'ex-Yougoslavie mais renforce une nouvelle ligne de front ethnique dans les Balkans.

Le Kosovo est "un Etat indépendant, souverain et démocratique", a déclaré le président du Parlement, Jakup Krasniqi, à l'issue de l'adoption à main levée, par l'ensemble des 109 députés présents, de la proclamation d'indépendance.

A Belgrade, le Premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, a aussitôt condamné dans une allocution télévisée "un faux Etat" promu illégalement par les Etats-Unis "prêts à violer l'ordre international dans leur propre intérêt militaire". "Tant que le peuple serbe existera, le Kosovo sera serbe", a-t-il affirmé.

Les autorités de Serbie se sont engagées à mener une résistance pacifique de longue haleine, mais des incidents ont éclaté dans Belgrade et à Mitrovica, bastion serbe du nord du territoire.

Dans la capitale serbe, quelque 2.000 jeunes gens se sont attroupés devant l'ambassade des Etats-Unis pour laisser cours à leur colère contre le soutien américain à l'indépendance. "Le Kosovo est le coeur de la Serbie", ont-ils scandé. Plusieurs policiers et manifestants ont été blessés.

A Mitrovica, deuxième ville du Kosovo, dans le nord du territoire, où vit une importante communauté serbe, des bâtiments de l'Union européenne et des Nations unies ont été la cible de jets de grenades. L'une d'entre elles a explosé sans provoquer de dégâts majeurs.

Les forces françaises de la KFOR ont préparé des barrages de blocs de béton et de barbelés pour fermer en cas d'affrontements les ponts reliant par-dessus la rivière Ibar les quartiers serbe et albanophone de Mitrovica.

Dans les quartiers nord de la ville, bastion serbe, des adversaires de l'indépendance ont déployé leurs drapeaux aux feux de signalisation. "Nous verrons ce qui se passe cette nuit. Il y aura des tas de gens armés ici", a prédit un Serbe en sortant une grenade de sa poche.

Les agences de presse locales font également état de protestations à Novi Sad, dans le nord de la Serbie, et à Banja Luka, capitale de l'entité serbe de Bosnie-Herzégovine dont certains dirigeants ont annoncé qu'ils pourraient s'inspirer de l'exemple kosovar pour faire scission du reste de la Bosnie.

IMPASSE À L'ONU, LES OCCIDENTAUX DÉTERMINÉS

De son côté, la Russie, alliée de la Serbie et détentrice d'un droit de veto au Conseil de sécurité, a obtenu des consultations à huis clos du Conseil de sécurité des Nations unies.

Mais les puissances occidentales ont comme prévu fait le constat que le Conseil de sécurité était dans l'incapacité de s'accorder sur l'avenir du Kosovo, et réaffirmé qu'il appartenait à l'Otan et à l'UE d'assurer la sécurité du territoire qui s'est déclaré indépendant.

Pour Moscou, la déclaration d'indépendance du Kosovo, peuplé à 90% d'albanophones, crée un risque d'escalade dans la violence ethnique et de nouveau conflit dans les Balkans.

"Ceux qui envisagent de soutenir le séparatisme devraient comprendre les conséquences dangereuses que leurs actes risquent d'avoir pour l'ordre mondial, la stabilité et l'autorité des décisions du Conseil de sécurité de l'Onu qu'il a fallu des décennies à édifier", a déclaré le ministère russe des Affaire étrangères.

A Washington, les Etats-Unis ont pris acte de la proclamation d'indépendance du Kosovo et salué l'engagement de son gouvernement d'appliquer les dispositions du plan de l'émissaire de l'Onu Martti Ahtisaari en vue de protéger les minorités ethniques.

Sans aller jusqu'à reconnaître l'indépendance du Kosovo, le département d'Etat fait savoir que les Etats-Unis "examinent la question et en discutent avec leurs partenaires européens" et il annonce la diffusion sous peu d'une déclaration.

De sources diplomatiques, on estime que Washington et les principaux pays européens impliqués dans les Balkans - Allemagne, France, Grande-Bretagne et Italie - pourraient formaliser leur reconnaissance du Kosovo indépendant dès lundi.

RISQUE DE PARTITION

Le Kosovo sera "une société respectant la dignité humaine" et il est déterminé à faire face à "l'héritage douloureux du passé récent dans un esprit de réconciliation et de pardon", assure le texte lu au Parlement par le Premier ministre kosovar Hashim Thaci.

Après la Slovénie, la Croatie, la Macédoine, la Bosnie et le Monténégro, le Kosovo est le sixième Etat indépendant à s'extraire de l'orbite de Belgrade.

Le Kosovo devient le 193e Etat indépendant au monde, mais la Serbie assure que grâce notamment au veto russe, il n'obtiendra jamais de siège aux Nations unies.

La minorité serbe du Kosovo a promis de ne jamais renoncer à cette terre où son histoire est millénaire et, rejetant l'indépendance, pourrait consacrer la partition de facto qui existe déjà entre le sud et le nord du Kosovo.

Moins de la moitié des 120.000 Serbes restés au Kosovo vivent dans le Nord, tandis que les autres sont éparpillés dans des enclaves protégées par la KFOR. Cette dernière a promis de continuer à assurer la sécurité du Kosovo et a invité toutes les parties à faire preuve de retenue.

Avec Ellie Tzortzi à Belgrade, Patrick Worsnip aux Nations unies, Rachelle Younglai à Washington, Dmitri Soloviov à Moscou, Version française Gregory Schwartz, Nicole Dupont et Henri-Pierre André

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